Le pétrodollar en crise : fin d'un empire ou simple mutation ?
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Le pétrodollar en crise : fin d'un empire ou simple mutation ?

Par Gabriel Arès · 7 avril 2026 · 10 min de lecture

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En 1974, l’accord entre Nixon et l’Arabie saoudite a fait du dollar la monnaie principale du commerce pétrolier mondial. Cinquante-deux ans plus tard, ce système montre de graves faiblesses. En 2025-2026, la part du dollar dans les réserves mondiales continue de diminuer. L’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis acceptent désormais des paiements en yuans, en euros et en devises numériques pour leur pétrole. Nous entrons dans une période de multipolarité où le pétrodollar n’est plus l’ancre incontestée de l’économie mondiale.

Cette partie 2 examine les signes du déclin, les conséquences pour les États-Unis, les stratégies de dédollarisation des BRICS+ et les implications pour l’économie mondiale.

Les signes concrets du déclin en 2026

Le recyclage des pétrodollars, qui consistait à placer les surplus pétroliers dans les bons du Trésor américain, perd de son importance. Les pays du Golfe, dans le cadre de plans comme Vision 2030, dépensent plus localement et investissent moins aux États-Unis.

Les données de l’IMF confirment cette tendance : la part du dollar dans les réserves de change a baissé régulièrement au cours des dernières années, au profit du renminbi chinois et d’autres monnaies. L’Arabie saoudite abandonne-t-elle progressivement le dollar pour le pétrole ? La réponse est en partie positive. Riyad signe maintenant des contrats en yuans sur la bourse de Shanghai, ce qui marque l’émergence du petroyuan.

Que signifie la perte du pétrodollar pour les États-Unis ?

La perte progressive du pétrodollar aurait des conséquences majeures pour l’économie et la puissance des États-Unis. Ce système a longtemps permis aux États-Unis de financer leurs déficits à faible coût grâce à une forte demande mondiale pour le dollar.

Sans ce mécanisme, plusieurs effets importants pourraient apparaître :

  • Une baisse de la demande pour les bons du Trésor américains, ce qui ferait augmenter les taux d’intérêt et rendrait plus coûteux le financement de la dette publique.
  • Un affaiblissement du dollar américain, qui augmenterait le prix des importations et pourrait provoquer de l’inflation.
  • Une réduction du « privilège exorbitant » qui permet aux États-Unis de consommer plus qu’ils ne produisent sans conséquences immédiates.
  • Une perte de levier géopolitique, car les sanctions économiques basées sur le dollar deviendraient moins efficaces.

À long terme, cela pourrait forcer les États-Unis à réduire leurs dépenses ou à augmenter les impôts, et diminuer leur influence sur la scène internationale. Cependant, ce déclin serait probablement progressif plutôt que brutal.

La dédollarisation en marche : rôle des BRICS et du petroyuan

Les BRICS+ (qui incluent l’Arabie saoudite, les Émirats, l’Iran et l’Égypte) sont au cœur de cette transition. L’élargissement du groupe et l’utilisation de monnaies locales accélèrent le changement de l’ordre économique mondial.

Les outils concrets tels que la plateforme mBridge, le système CIPS chinois et les tests de monnaies numériques montrent que la dédollarisation progresse. L’Arabie saoudite a rejoint mBridge en 2024. Des contrats pétroliers entre la Chine et le Golfe sont déjà libellés en yuans. Cette réalité opérationnelle affaiblit les trois piliers du pétrodollar : tarification, règlement et recyclage.

Prédictions pour l’avenir (2027-2030)

Le pétrodollar devrait évoluer de manière progressive plutôt que de disparaître soudainement. Le scénario le plus probable est une transition contrôlée vers un système multipolaire où le dollar coexiste avec le yuan et d’autres monnaies numériques.

Trois tendances principales se dessinent :

  • Le dollar restera la première monnaie mondiale, mais perdra progressivement du terrain au profit du renminbi chinois.
  • La transition énergétique verte accélérera le déclin, car la demande mondiale de pétrole diminuera.
  • Les BRICS+ continueront de développer des outils de paiement alternatifs, renforçant ainsi la dédollarisation.

Ce qu’il faut retenir

Le pétrodollar ne disparaîtra pas du jour au lendemain, mais il évolue vers un système multipolaire dans lequel plusieurs devises cohabiteront. Cette transition marque la fin d’un monopole qui a duré plus de cinquante ans et l’émergence d’un ordre économique plus équilibré, mais aussi plus complexe et potentiellement plus instable.

Pour l’économie mondiale, cela signifie une redistribution progressive du pouvoir monétaire et une remise en question des mécanismes qui ont soutenu la domination américaine depuis 1974. L’avenir du système international dépendra de la vitesse de cette évolution et de la capacité des grandes puissances à gérer ce changement sans conflit majeur.


Sources : Choyleva, D. (2025). Petrodollar to digital yuan. Asia Society Policy Institute ; Hasan, M. A. (2026). The BRICS Challenge to the US dollar. Masaryk University ; International Monetary Fund (2024). Dollar dominance in the international reserve system ; Norrlöf, C. (2024). The decline and fall of the petrodollar? Project Syndicate ; Saaida, M. (2024). BRICS Plus: De-dollarization and global power shifts. BRICS Journal of Economics ; Siddiqui, K. (2026). United States strategy in an era of petrodollar decline. The World Financial Review.